Revenir sur les jours de RTT ? C’est du vol

Pour comprendre pourquoi, il faut revenir 10 ans en arrière. En 2002, nous sommes passés des 39 heures aux 35 heures. Quand on passe des 39 heures aux 35 heures, notre quantité de travail diminue de plus de 10 %. Dans un hôpital, on ne peut pas diminuer la production de 10 %.

Comment a-t-on fait alors ? Eh bien, il a fallu créer des emplois. Mais pas 10 %. Seulement entre quatre et 6 % en général dans les hôpitaux. Et le reste ? Et bien, nous nous sommes offert nous même nos RTT parce que notre productivité a augmenté en proportion.

Donc ces 35 heures ne sont pas un cadeau. Nous les avons financés par le travail sup-plémentaire que nous avons effectué et que nous effectuons toujours depuis.

Et aujourd’hui, comme les effectifs baissent dans les hôpitaux avec des suppressions d’emplois, des non-remplacements de départs à la retraite, des créations d’activités supplémentaires sans postes, la productivité a encore augmenté.

De plus, vous savez que nos salaires n’augmentent plus depuis 2009. Cela risque même de durer jusqu’en 2015 ou 2016 selon les annonces récentes.

Mais le blocage des revenus ne date pas de 2009. En effet, entre 2002 et 2009, nos traitements ont augmenté beaucoup moins vite que l’inflation. Et donc, au regard de notre productivité, nous coûtons aujourd’hui beaucoup moins, même avec les 35 heures, qu’avant 2002.

Que se passe-t-il en 2013 ?

Les directions hospitalières ― sous les ordres du ministère de la santé et du gouvernement ― ont décidé d’accélérer les économies dans de nombreux éta-blissements en attaquant le principal poste de « dépenses » : le personnel.

Dans quelques hôpitaux, les budgets de fonctionnement sont devenus déficitaires. Mais dans la plupart des établissements, ce n’est pas vrai.

En psychiatrie, pour parler du cas de la Bretagne, les déficits n’ont qu’une seule cause : les orientations budgétaires im-posées par l’Agence régionale de santé (ARS). Et c’est partout pareil en France.

Donc les directeurs (qui sont notés par le directeur de l’ARS) jouent les bons élèves pour ne pas trop perdre de leur propre pouvoir d’achat.

Ils appliquent des recettes éculées dignes du siècle dernier :
– diminuer le nombre de jours de RTT ;
– diminuer le nombre d’agents ;
– allonger le déroulement de carrière, …

Et comme les directeurs ne peuvent pas (pour l’instant) augmenter le temps de travail à 40 heures, ils réduisent effectivement le nombre de jours de RTT en jouant sur la durée quotidienne du travail.

C’est une véritable déclaration de guerre au personnel hospitalier.

Quelques explications

Nous avons des jours de RTT quand nous travaillons plus de sept heures par jour, cinq jours par semaine. Si nous travaillons 30 minutes de plus par jour, ce temps supplémentaire s’accumule pour faire des jours de RTT.

Il suffit donc au directeur de diminuer la journée de travail de quelques minutes pour économiser 3, 4, 5 ou six jours de RTT.

Ce n’est pas seulement indigne de faire ça à des personnels hospitaliers qui ont déjà des conditions de travail inacceptables, mais c’est aussi du vol. Et ce vol est un vol cynique : les directeurs savent parfaitement que déjà aujourd’hui les personnels ne finissent jamais à l’heure. Et ces heures-là ne sont jamais récupérées.

Donc les directeurs ont calculé qu’en réduisant de quelques minutes la durée quotidienne du travail, cela entraînera pour les personnels du temps de travail gratuit. Et les directeurs économiseront plusieurs jours de RTT par agent. Ils pourront ainsi présenter un bilan financier propre au directeur de l’ARS. Ainsi nos directeurs auront un bon déroulement de carrière.

C’est d’autant plus cynique que cela s’appliquera uniquement aux catégories les plus mal payées, les plus pressurisées par les conditions de travail. En effet, la législation sur les 35 heures accorde aux cadres un forfait de 20 jours par an. Et à cela, les directeurs ne touchent jamais.

Nous ne resterons pas les bras croisés

Des luttes commencent à se développer un peu partout en France. Certaines, comme à l’hôpital de Caen, sont victorieuses : les directeurs reculent. Dans le Finistère, à l’hôpital de Morlaix comme à l’EPSM Gourmelen, les directeurs essayent d’appliquer ces projets réactionnaires. Les personnels sont en lutte, soutenus par des intersyndicales Sud et CGT.

Dans chaque établissement hospitalier qui connaîtra de pareil projet, le syndicat Sud s’engage à appeler les personnels à la grève et à l’action.

Par ailleurs, les directeurs qui prennent l’initiative de supprimer des jours de RTT, tout en sachant que les personnels ne partiront jamais à l’heure, doivent s’attendre à ce que des actions en justice soient déclenchées par les personnels et soutenues par le syndicat pour travail dissimulé et gratuit.

Nous interpellerons les élus de la République pour leur demander s’ils sont d’accord que des fonctionnaires travaillent gratuitement.

Nous n’avons pas à faire les frais d’une crise dont nous ne sommes pas responsables. Le problème n’est pas le niveau des salaires des soignants, des personnels ouvriers ou des agents administratifs, mais celui de la répartition des richesses produites qui profitent aux parasites de la société et pas à ceux qui travaillent.

Publié le 5 juillet 2013
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